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Sondage 01.02.2017

To Bi or not to bi ? Enquête sur l’attirance sexuelle entre femmes

La multiplication des scènes de sexe entre femmes dans les films pornographiques comme dans les films traditionnels est-elle le produit d’une « machine à fantasmes » visant surtout à émoustiller un public masculin ou le reflet d’une véritable évolution des comportements des femmes en matière d’homo ou de bisexualité ? 
Face à l’appétence croissante des amateurs de films X pour les scènes de plaisirs saphiques – en tête des catégories les plus recherchées sur les sites pornographiques –, le site
Référence Sexe a souhaité en savoir plus sur un sujet autour duquel il existe beaucoup de fantasmes mais peu de données. Car si les hommes ayant des rapports avec d’autres hommes (HSH) font l’objet d’une grande attention des institutions depuis l’apparition du SIDA, la prégnance d’une vision épidémiologique des comportements sexuels tend à faire de la sexualité entre femmes le parent pauvre dans les grandes enquêtes de sexualité...
Pour répondre à ce déficit d’informations, l’Ifop a mené une grande enquête afin d’évaluer en particulier la proportion de Françaises ayant déjà fantasmé, dragué, embrassé ou fait l’amour avec une autre femme. Réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 2 000 personnes, cette étude montre que si le sexe entre femmes reste un fantasme essentiellement masculin, l’érotisation des rapports entre femmes observée depuis plusieurs années dans divers médias (ex : cinéma, musique, publicité, TV, presse people..) va de pair avec une tendance à la bisexualité de plus en plus marquée, notamment chez les jeunes filles.


LES CHIFFRES CLÉS DE L’ENQUÊTE
La « bi-attitude » : une tendance qui prend de l’ampleur, notamment chez les jeunes filles qui affirment de plus en plus leur penchant pour les deux sexes…

    Une fille sur quatre de moins de 25 ans – contre à peine 10% des garçons du même âge – déclare avoir déjà été attirée sexuellement par une autre femme, soit une proportion qui a triplé en l’espace de dix ans : 24% en 2016, contre 18% en 2013 et 7% en 2006.
    Mais l’expression d’un désir pour une autre femme est une tendance qui ne touche pas que les jeunes générations. Les femmes dans leur ensemble sont aussi de plus en plus nombreuses à avoir déjà été attirées par une femme : 18% en 2016, contre 11% en 2009 et 6% en 2006.
    Si l’auto-administration des questions depuis 2009 facilite une plus grande admission de son attirance pour une personne du même sexe, l’écart entre hommes et femmes persiste sur ce point, sans doute parce qu’il est plus difficile pour des hommes – et notamment pour les plus jeunes – d’admettre une tendance  susceptible de remettre en cause leur identité de genre.

L’expérience sexuelle avec une autre femme reste très minoritaire mais progresse de manière continue depuis 50 ans

    Aujourd'hui, une Française sur dix (10%) déclare avoir déjà couché avec une femme, contre 6% en 2012, 4,0% en 2006, 2,6% en 1992 et 2% en 1970. Et ce passage à l’acte semble particulièrement répandu chez les jeunes filles : 12% des femmes  de moins de 25 ans initiées sexuellement se sont déjà prêtées à ce genre d’expérience, contre à peine 7% des plus de 65 ans.
    A noter que cet essor des comportements homo ou bisexuels est loin d’être un phénomène franco-français. Une grande enquête réalisée récemment aux Etats-Unis présente des évolutions de même ampleur : la proportion de femmes ayant eu des relations sexuelles avec des partenaires des deux sexes ayant plus que doublé entre 1990 (3,6%) et 2014 (8,7%).
    Sur le plan des expériences homosexuelles, les Françaises se situent plutôt dans la moyenne des grands pays occidentaux, dans une position intermédiaire entre des pays à dominante protestante  plutôt en pointe – comme les Pays-Bas (14%), les Etats-Unis (11%) ou le Canada (13%) –  et des pays latins et catholiques plus en retrait sur ces pratiques comme l’Espagne (7%) et l’Italie (3%).

L’affirmation d’un désir ou d’un rapport sexuel avec une autre femme n’implique pas pour autant la revendication  d’une identité homo ou bisexuelle

    Dans la lignée des grandes enquêtes de sexualité (ex : CSF en 2006), cette étude confirme l’idée selon laquelle attirance, pratiques et identité bisexuelles restent fortement dissociées : seules 3% des Françaises se disent « bisexuelles » (contre 1,5% « lesbiennes »), alors qu’elles sont 10% à être déjà passées à l’acte et 18% à avoir déjà été attirées par une autre femme.
    Comme dans d’autres pays utilisant un indicateur similaire, on n’en observe pas moins une progression du nombre de femmes affirmant une part d’homosexualité, que ce soit de manière exclusive (1,5% se disent « lesbiennes », contre 1% en 2012 et 0,5% en 2006) ou non exclusive : 2,9% se disent « bisexuelles » en 2016, contre 2,1% en 2012 et 0,8% en 2006.
    Au total, la proportion de Françaises se définissant comme « bi » ou « homosexuelles » (4,4%) se situe dans la moyenne des grands pays européens – oscillant entre 1% en Italie et 8% aux Pays-Bas – mais sensiblement en dessous de ce que l’Ifop  a pu observer en Amérique du Nord (8% au Canada, 7% aux Etats-Unis).

Le « girls kissing » : un geste très répandu chez les jeunes filles (45%) mais dont la dimension homosexuelle est à relativiser
    Popularisé aux USA, notamment après la célèbre étreinte entre Madonna et Britney Spears lors d’une cérémonie des MTV Music Awards (2003), le baiser sur la bouche est de loin le geste à caractère bisexuel le plus pratiqué par les Françaises (21% s’y sont déjà essayées), en particulier chez les jeunes filles où il frôle le seuil symbolique des 50% (45% chez les moins de 25 ans).
    Toutefois, cette prévalence élevée n’est pas forcément le signe d’une réelle attirance pour une personne de son sexe. Des études ont en effet montré que chez les adolescentes, de telles pratiques s’inscrivaient souvent dans une optique de séduction des garçons de leur âge : embrasser une autre fille servant alors à exciter les autres ou à attirer leur attention.
    Parfois motivé par la pression des pairs ou le souhait d’être accepté ou populaire dans un groupe, ce genre de pratiques ne reflète donc pas une disposition réelle à la bisexualité tout comme d’ailleurs d’autres formes d’activités sociales sexualisées en vogue chez les jeunes (ex : danses érotiques entre filles ou en groupe,…).

LE POINT DE VUE DE FRANÇOIS KRAUS DE L’IFOP

Si elle s’inscrit dans un mouvement plus large de diversification des trajectoires et biographies sexuelles des femmes, cette plus grande affirmation de tendances homo ou bisexuelles dans la gent féminine traduit une évolution des normes sexuelles en vigueur qui ne peut pas être que le fruit de l’exposition aux scènes de lesbiennes présentes dans les films X. Elle découle aussi d’un changement des représentations, des prescriptions et des discours publics dans les différents médias prescripteurs des scénarios culturels en matière de sexualité. En effet, depuis plusieurs années, d’autres formes de produits culturels participent à cette érotisation des rapports entre femmes, en premier lieu desquels certaines productions  télévisuelles (ex : publicités, cérémonies TV, téléréalités,…), cinématographiques (cf. Black Swan, Vicky Cristina Barcelona, Mulholland Drive, Sex Crimes…) ou musicales  (ex : I Kissed a Girl de Katy Perry, If U Seek Amy de Britney Spears, No Myself de Chritina Aguilera…). Le comming out bi de nombreuses célébrités (ex : Drew Barrymore, Angelina Jolie, Lindsay Lohan, Amber Heard…) contribue d’ailleurs aussi à une « glamourisation » de la bisexualité qui renforce sans doute son côté « tendance » auprès des jeunes.
Toutefois, cette évolution des Françaises en la matière reflète une plus grande acceptation sociale de l’homosexualité féminine dans sa forme factuelle – le rapport sexuel  avec une personne du même sexe –  plus que dans sa forme identitaire : l’affirmation d’une identité homo ou bisexuelle restant encore marginale dans la population féminine.
Dans « une culture où le corps féminin est présenté systématiquement comme plus désirable que celui des hommes », la banalisation médiatique des comportements bisexuels concerne en effet beaucoup plus les femmes que les hommes, signe que cette évolution des « scripts culturels de la sexualité » (cf. John Gagnon) reste très genrée…


François KRAUS, directeur du pôle Politique / Actualité à l’Ifop pour Référence Sexe

Echantillon de 2000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

La représentativité de l'échantillon a été assurée par la méthode des quotas (âge, profession de la personne interrogée, statut marital) après stratification par région et catégorie d'agglomération. Ces quotas ont été définis à partir des données du recensement pour la population féminine âgée de 18 ans et pl. Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne (CAWI - Computer Assisted Web Interviewing) en décembre 2016.

AVEC:  Référence Sexe

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Francois Kraus :
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