Opinion et stratégies d'entreprises Consumer Services Santé Media et numérique Luxe

Analyse 16.07.2014

Limite entre vie réelle et vie virtuelle : quelle neutralité de l’Internet ?

La récente expérience faite par Facebook de modifier, pendant une semaine, le contenu du fil d’actualité de 689 000 utilisateurs afin de mesurer la viralité des émotions a soulevé beaucoup de commentaires, tant positifs – c’est une expérience intéressante et les résultats semblent probants – que négatifs – l’analyse étant succincte ou incomplète, et l’échantillon pas scientifiquement constitué.

D’un point de vue plus critique, c’est surtout le fait que Facebook ait contrôlé les fils d’actualité de ses membres sans leur autorisation qui créé la polémique. Ce dernier point est en effet de loin le plus intéressant car il pose enfin la question de la réalité et de sa perception.

Au début d’Internet, on a longtemps évoqué la « vraie vie » par opposition à la vie virtuelle, considérant qu’Internet n’était pas la « vie réelle », et que les internautes ne « vivaient » pas sur Internet comme ils vivent dans la réalité. Puis, les pratiques évoluant et Internet faisant davantage partie de notre quotidien, cette distinction un peu « absurde » a disparu. Cela s’illustre notamment par les sites de rencontres en ligne, qui nous permettent de passer du virtuel à la réalité par la mise en relation (via le virtuel) de personnes réelles. Commenter ou encore « liker » sur les réseaux sociaux, est aujourd’hui devenu un acte du quotidien comme un autre.

Or, cette expérience faite par Facebook montre que les choses ne sont pas aussi simples. Ce que l’internaute - qui a vécu cette expérience - percevait de sa « vraie vie » (en l’occurrence, les actualités des membres de son réseau Facebook) n’était finalement qu’une image déformée et maîtrisée de la réalité. Cela nous rappelle « l’allégorie de la caverne » de Platon, mais dans le sens inverse, puisque sur Facebook, les participants involontaires de cette expérience ont quitté le monde réel pour pénétrer dans un monde dont ils ne perçoivent plus qu’une image volontairement tronquée.

Facebook n’est pas un démiurge et, bien que pouvant faire l’objet de certaines critiques, cette expérience était plutôt intéressante. Elle réveille toutefois le doute quant à la véracité des informations publiées sur internet ? Tel comparateur de prix me présente-t-il bien le « vrai » prix d’un billet d’avion et non un prix surévalué du fait de mon profil IP, repéré sur le site ? Tel moteur de recherche liste-t-il bien toutes les réponses à ma requête, en toute impartialité ?

Derrière cette expérience de Facebook, c’est finalement la question de la neutralité d’Internet qui est posée. Si certains sites sont désormais au cœur de notre « vraie » vie en ligne, gardons à l’esprit que nous pourrions aussi ne voir que ce qu’ils veulent bien nous montrer. Sans sombrer dans la paranoïa, il faut donc rester vigilant, pour qu’Internet reste la réalité, et pas une vision de cette dernière.

Une analyse de Raphaël Berger.

Nous contacter



tél : (33) 01 45 84 14 44
Fax : (33) 01 45 84 93 38